La Passe-Miroir ou quand il ne faut (vraiment pas !) se fier aux apparences...

Cela fait plus d'un an que je n'ai pas posté d'avis sur un blog. Un copain me demandait récemment pourquoi et la réponse, simple, est que je n'ai pas lu ni vu de film qui m'ait donné envie d'écrire une chronique... du moins jusqu'à ma dernière lecture : la Passe-Miroir ! Je suis très heureuse d'inaugurer ce blog avec ce livre dont j'ai dévoré les trois premiers tomes, un vrai coup de cœur ♡♡♡

Avant d'aller plus loin, il me faut vous présenter le monde dans lequel évoluent nos protagonistes, un univers riche qu'a su construire avec brio l'auteure auquel je vais essayer de rendre justice.
La Terre telle que nous la connaissons n'existe plus, ce qui reste du monde est constitué de bout de terre, des arches qui flottent autour du noyau central de la Terre, indépendantes les unes des autres. Chaque arche (au nombre de 21) est dirigée par un esprit de famille, personnage immortel doté de capacités particulières (qui maîtrise la matière, qui maîtrise les esprits, qui maîtrise les éléments...). Les populations vivants sur les arches étant pour la majorité des descendants des esprits de familles, elles ont héritées de certains dons. De même, le comportement de l'esprit de famille a une influence sur le mode de vie et la moralité des habitants de son arche.

L'histoire nous emmène principalement sur trois d'entres elles :
- Anima dont l'esprit de famille est une femme, Artémis qui a le pouvoir d'animer les objets et qui se mélange peu avec le reste du monde. Les habitants d'Anima sont tous ses descendants s’appelant cousins et cousines (vive la consanguinité !) et ont un mode de vie plutôt provincial, où tous les objets sont dotés de vie ! Il s'agit d'une société matriarcale dirigée par les Doyennes dont les décisions ne sont jamais remises en question.
- le Pôle dont l'esprit de famille est un homme, Farouk qui a pour pouvoir celui de l'esprit. Il vit comme un roi au milieu de sa cour, avec des favorites accrochées à son cou et des nobles qui cherchent constamment à augmenter leurs privilèges. Les luttes de pouvoir (avec son lot de traîtrise et de morts...) sont le moteur de cette société qui est partagée entre différentes branches des descendants (assimilées à la noblesse, avec les favoris et les déchus...) et les sans-pouvoir, descendants des habitants de la Terre, au service de cette noblesse.
- Babel dont les esprits de famille sont les jumeaux Pollux et Hélène ont pour pouvoir celui des sens (ouïe, touché, odorat... surdéveloppés). Pollux a engendré des descendants (les fils de Pollux) tandis qu'Hélène, n'ayant pas la capacité d'engendrer, prend sous son aile les sans-pouvoirs et les habitants provenant des autres arches (les filleuls d'Hélène). La probité est poussée à son paroxysme, et la société, élitiste, fonctionne sur la méritocratie avec un système de castes très rigoureux mettant en avant les personnes les plus capables d'apporter leur contribution à la cité, ceux n'ayant pas de capacités (de fait de leur handicap ou de leur non capacité) étant considérés comme des moins que rien.

C'est ainsi que nous rencontrons Ophélie, une héroïne d'un nouveau genre : petite, myope, sans coquetterie, doté d'une maladresse presque surnaturelle, et dont le seul centre d'intérêt est le musée dont elle a la charge. Elle peut lire les objets, c'est à dire revoir tout le vécu d'un objet par simple contact, et peut traverser les miroirs pour se déplacer. Beaucoup sur Anima la considère avec mépris, du fait de sa maladresse, de son apparence désuète et de sa grande réserve. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle se laisse marcher sur les pieds ! C'est après avoir refuser successivement les propositions de mariage de deux de ses cousins qu'elle se voit dans l'obligation d'accepter le mariage, sous couvert d'alliance diplomatique, décidé par les Doyennes avec un homme du Pôle, Thorn.
http://camomillelaruze.tumblr.com/
Ah Thorn... que dire, un glaçon serait plus chaud que lui ! Au moment de sa rencontre avec Ophélie, on ne sait de lui que le fait qu'il vienne de la cour de Farouk... ce qu'on ne sait pas alors c'est que tout le monde, mais absolument tout le monde, veut le voir mort ! Seuls les chiffres comptent pour lui et les nobles souhaiteraient bien le remplacer par quelqu'un qui pourrait servir leurs intérêts... et faire souffrir sa future femme pour le faire souffrir à travers elle (si tant est qu'il ait des sentiments) les réjouiraient au plus au point.

Autant dire que la vie d'Ophélie va bien changer avec ce mariage à venir ! Déjà le fait de quitter son arche avec une mère envahissante, ses frères et sœurs en pagaille, un environnement campagnard où on la laisse faire un peu ce qu'elle veut, pour plonger dans le monde glacé du Pôle et le panier de crabe qu'est la Citacielle (où vit la cour) va être un grand chamboulement. Elle va devoir sortir le nez de son écharpe et ouvrir grand les yeux, perdre peu à peu sa naïveté, revoir ses principes et surtout apprendre à qui accorder sa confiance. Elle va y vivre tellement de choses, toutes plus rudes les unes que les autres... pour une fois, je vous mets une citation qui résume bien tout cela : "Il m’est arrivé un tas de choses depuis que vous avez fait de moi votre fiancée. J’ai reçu un nombre invraisemblable de menaces de mort et presque autant de propositions indécentes. J’ai été séquestrée, travestie, bernée, insultée, asservie, infantilisée, huée, soumise à des manipulations hypnotiques et j’ai vu ma tante perdre la tête juste sous mes yeux. [...] Et tout cela, Thorn, c’est à vous que je le dois. Alors pourriez-vous, s’il vous plaît, cesser de vous adresser à moi comme si j’étais la cause de tous vos problèmes ?" Autant dire que le chemin sera long pour que ces deux là arrivent à se connaitre, à s'apprivoiser et à s'apprécier... mais au final, sous des physiques très mal assortis (il est aussi grand qu'elle est petite, blond qu'elle est brune, raide qu'elle est gauche...) ils ont des caractères très semblables.

Et puis, au fur et à mesure de l'histoire, nous allons découvrir les réelles motivations qui ont poussé Thorn à souhaiter se marier, et également que l'intrigue qui semble se concentrer autour du Pôle dans les premiers tomes dépasse largement les bords de l'arche et remet en cause la vie de chacun à travers le monde.

Il y a tellement de chose à dire, je me suis concentrée sur nos deux héros, mais ils ne sont pas seuls dans cette aventure : il y a Bérenilde, la tante de Thorn d'une beauté somptueuse et manipulatrice hors pair, Roseline, la marraine d'Ophélie partie avec elle pour la chaperonnée jusqu'au mariage et qui sous ses dehors strictes sera un appui important pour Ophélie dans le monde hostile du Pôle, Archibald, ambassadeur du Pôle, excentrique à souhait et séducteur au charme irrésistible, Renard et Gaëlle, serviteurs du Pôle qui vont aider Ophélie à s'orienter et à apprendre les rouages de la Cour...

Un dernier mot pour vous parler de l'humour qui est bien présent. Déjà dans les expressions utilisées par les personnages et qui marquent leur origine mais aussi dans les réflexions d'Ophélie sur le monde qui l'entoure mais surtout au sujet de l'indéchiffrable Thorn.

Alors je ne sais pas vous mais moi j'ai déjà envie de le (re)lire. Les personnages développés par l'auteure, le monde qu'elle a construit, l'histoire qu'elle a inventé sont assurément parmi les mieux réussis, décrits, écrits qu'il m'ait arrivé de lire depuis longtemps et j'ai vraiment hâte de découvrir l'épilogue de cette histoire qui devrait nous emmener encore loin.

Il faudra probablement patienter jusqu'en 2019, alors en attendant, je vous invite à découvrir le site de l'auteur La Passe-Miroir et le tumblr regroupant les différents fanart Passe-Miroir fans.

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